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Marjolaine
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MessagePosté le: Sam 19 Mar - 17:02 (2011)    Sujet du message: Aperçu Répondre en citant

Voici quelques extraits pour ceux qui attendent la suite du tome 2...

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MessagePosté le: Sam 19 Mar - 17:02 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Marjolaine
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Inscrit le: 18 Juin 2010
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MessagePosté le: Sam 19 Mar - 17:04 (2011)    Sujet du message: Prologue Répondre en citant

Prologue 
 
 

Un vent tempéré soufflait sur la lande verdoyante, embaumant l’air des fragrances des fruits de la nouvelle saison. Quelques feuilles voltigeaient avec langueur autour des arbres biscornus aux troncs obliques, semblant se moquer du jeu du petit garçon qui tentait de les attraper au vol. Ce dernier riait aux éclats tandis qu’il agitait ses mains, son petit corps déchaîné s’élevant d’à peine quelques centimètres.
Les bras ballants et les pieds nus, le cou arqué en arrière et le visage éclairé par un sourire béat, il regardait avec un air profondément émerveillé le tourbillon de feuilles qui gravitaient autour de lui. Il interrompit soudainement son observation pour tourner son attention curieuse vers une chose étendue à terre, au pied d’un arbre.
Avec l’insouciance naturelle de son jeune âge, il se désintéressa immédiatement des feuilles et du vent, et se dirigea en trottinant vers cette nouvelle découverte. Un animal bleu gisait sur le flanc gauche, du sang séché recouvrant une partie de sa tête. Il était mort depuis quelques jours, et des parasites avaient déjà envahi sa carcasse nauséabonde. Le garçon le caressa timidement du bout des doigts, tout en l’observant avec inquiétude.
— Qu’est-ce que tu es ? s’enquit-il. Tu ressembles à un chat, mais tu es différent d’un chat…
Il sembla se plonger dans une réflexion intense, de laquelle il ne ressortit guère plus éclairé, avant de reprendre ses interrogations.
— Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Oh, tu t’es cogné la tête… Attends, je vais te soigner…
Il sortit un mouchoir de peau tannée de sa poche et l’humidifia avec un peu de salive, avant d’enlever difficilement les croûtes de sang des poils de l’animal.
— Evrel ! Qu’est-ce que tu fabriques ? Laisse ce truc, je l’ai mis à l’écart. Ça pue !
— Mais maman ! protesta le garçon. Il est malade, il faut que je le soigne !
— C’est mort ! répondit la femme en balayant l’air de la main, laisse tomber et reviens par ici.
Evrel ne prêta pas attention aux propos de sa mère qui s’éloignait en grommelant des invectives à l’encontre des villages voisins.
— Ces envahisseurs, ça vous tue n’importe quoi. Bientôt le bétail disparaîtra à cause de leur lubie, et ils seront les premiers à réclamer la nourriture. Et sur qui ça va retomber, hein, je me le demande ! Mais où va le monde…
Le garçon acheva de décrotter l’animal. Il restait du sang autour de la plaie quand il s’arrêta pour admirer son travail, mais il parut tout de même satisfait. Alors il creusa un trou au pied de l’arbre, et y inséra tant bien que mal la carcasse du chat. Il y déposa le mouchoir qu’il avait utilisé, et resta un moment assis sur ses talons, silencieux, comme il avait vu faire les membres du clan lorsque les doyens les quittaient.
— Je te donne mon mouchoir, conclut-il, comme ça tu penseras à moi, et tu seras moins seul.
Puis avec un air appliqué et sérieux, il reboucha la petite fosse, et tassa maladroitement la terre sur le monticule funéraire. C’est alors qu’il s’aperçut qu’il était observé. Il leva des yeux interrogateurs vers la femme qui venait de se matérialiser dans un halo de lumière, à quelques pas de là. Elle était si belle et si pure dans son apparition éclatante qu’il se prit à lui sourire, lui accordant ainsi toute la confiance qu’un jeune de son âge pouvait offrir.
— Tu es une fée ? demanda-t-il sans crainte. Tu vas guérir mon chat ?
La femme sourit tendrement, et se rapprocha de quelques pas. Evrel remarqua avec étonnement que son visage se modifiait, et que la couleur de ses cheveux changeait.
— Je n’ai pas besoin de guérir Olaste, répondit-elle d’une voix douce, car tu t’es déjà occupé de lui.
— Olaste ? C’est comme ça qu’il s’appelle ?
La femme hocha patiemment la tête, son sourire paisible et bienveillant ne la quittant pas. Le petit garçon écarquilla soudain les yeux, et lui offrit en retour un sourire lumineux, comme si cette révélation était la meilleure nouvelle qu’on ait pu lui apprendre.
— Je voudrais moi aussi lui faire un cadeau, annonça la femme de sa voix enchanteresse. Tu me permets de le lui donner ?
— Oui ! Comme ça il aura deux amis à qui penser !
L’inconnue abaissa alors les paupières et tendit sa main au-dessus de la tombe improvisée. Le tas de terre sembla s’illuminer brièvement puis une fente zébra lentement le monticule, par laquelle une petite plante s’éleva dans les airs. De minuscules fleurs s’ouvrirent, dévoilant de fins pétales bleus.
— Comme tes yeux ! s’exclama le petit garçon avec ravissement.
La femme hocha de nouveau la tête avec amusement.
— Ce sont des myosotis, expliqua-t-elle. Elles sont les gardiennes des défunts. Ce sont des fleurs nobles, prends-en grand soin.
— Promis !
Le sourire de l’inconnue s’élargit, puis elle se détourna lentement, avant de s’enfoncer dans une sorte de porte de lumière qui apparut à quelques mètres de là.
— Tu vas où ? s’étonna Evrel.
— Je dois repartir, car j’ai d’autres âmes à visiter.
— Tu reviendras ? demanda-t-il avec espoir.
Une leur étrange brilla dans les yeux de la femme, qui répondit par un sourire énigmatique.
Ce ne fut que lorsqu’elle passa la porte qu’elle murmura de derniers mots.
— Assurément… Et bien assez tôt…


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Marjolaine
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MessagePosté le: Sam 19 Mar - 17:09 (2011)    Sujet du message: Chapitre 1 Répondre en citant

Le Mhal s’écoulait paresseusement le long de son lit, semblant faire preuve de peu d’entrain à l’idée de quitter les eaux maternelles du lac Gelé. Quelques vaguelettes venaient clapoter sur le bord des rives et de faibles remous s’agitaient autour des branches baignant dans le fleuve naissant, tandis que le bras d’eau s’éloignait paisiblement en direction de l’océan. En son sein, deux créatures aux allures de cétacé se faisaient porter par le léger courant, battant joyeusement des nageoires. L’animal aux yeux noisette, le plus petit, avait acquis une aisance respectable pour un spécimen de son espèce, et se mouvait dans le fluide avec force et rapidité. Il jeta cependant un regard intrigué à son compagnon aux yeux gris, qui le suivait avec une facilité déconcertante.
— Nat, il y a quelque chose que je ne comprends pas… Comment est-ce que tu as pu autant progresser en si peu de temps ? Mathieu et moi, on est resté plusieurs semaines à Guilhem, avec les professeurs qui nous enseignaient tout ce qu’ils pouvaient, et pourtant tu sembles utiliser le pouvoir avec plus de maîtrise que nous.
— Ne te sous-estime pas, répondit le gros animal avec un regard espiègle, tu es plus beau dauphin que tu ne le crois.
Gabrielle voulut tourner la tête pour voir si son amie se moquait d’elle, mais son élan lui fit perdre sa stabilité, et elle effectua une vrille complète. Croyant que ce geste était délibéré, Natacha éclata de rire et se joignit au jeu, tournant sur elle-même jusqu’à ce qu’elle en perde le sens de l’orientation. La voyant incapable de garder son cap, Gabrielle ne put conserver son sérieux plus longtemps et s’amusa à son tour à tester les limites de ce corps d’emprunt fort distrayant. Sous sa forme de dauphin, tout avait l’air plus fluide, plus doux, plus rapide… La sensation éprouvée était incomparable.
Un grésillement dans son esprit la rappela bientôt à l’ordre, et elle leva les yeux vers la surface, à travers laquelle elle pouvait distinguer les silhouettes déformées de Mathieu, Guillaume et du professeur, qui avaient préféré survoler le Mhal plutôt que d’y nager. Natacha suivit le fil de sa pensée et capta le regard de Mathieu qui lui faisait les gros yeux, lui intimant de rester tranquille.
— Ne t’en fais pas, se moqua Gabrielle, il est grognon parce qu’il ne peut pas nager avec nous et que le professeur l’a chargé de surveiller nos arrières. S’il le pouvait, il serait le premier à s’amuser… 
Elle soutint avec malice le regard du jeune éclaireur, tout en sachant qu’il saisissait le sens de ses échanges avec Natacha.
— En fait, si tu veux mon avis, poursuivit-elle sur le même ton, il est vert de jalousie parce que j’ai le droit de nager avec toi alors que lui ne peut même pas t’adresser la parole.
— Tu exagères, rit Natacha, Mathieu n’est plus un gamin qui fait des caprices. Il n’a pas supplié le professeur pendant de longues minutes pour nager à mes côtés, lui au moins. Il sera bien capable d’attendre la fin de la journée pour me retrouver.
— Mmm… pas sûr…
Gabrielle jubila lorsqu’elle devina le sourire qui s’étirait sur les lèvres de son ami.
— Toi, tu ne perds rien pour attendre… murmura-t-il.
Sa réplique accentua l’allégresse de Gabrielle, qui effectua une série de vrilles enjouées vivement commentées par Natacha.
 — Ah… Ça fait du bien de pouvoir sortir de ce lac, annonça cette dernière avec soulagement. Je dois avouer que pendant un moment j’ai été tentée de vous rejoindre, tant j’avais hâte de vous retrouver. Mais Harmonie ne voulait pas me laisser partir, j’ignore pourquoi. Elle s’est bien occupée de moi, c’est en partie grâce à elle que j’ai appris si vite, et que j’ai accumulé toutes ces connaissances. Notamment à propos de William…
Elle battit rapidement de la nageoire caudale, se remettant ainsi au niveau de Gabrielle qui l’avait distancée.
— Tu vas trouver ça bizarre, reprit-elle d’une voix plus sérieuse, mais quand elle me l’a annoncé, j’ai eu le sentiment de l’avoir toujours su, au plus profond de moi. Comme si ce lien de sang était palpable, et que je ne pouvais que le constater en étant proche de lui.
— Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas, intervint Gabrielle. Tu dis que William est ton petit frère, c’est bien ça ?
— Oui.
— D’accord, alors dans ce cas, pourquoi est-il plus âgé que toi ?
— Je l’ignore. J’ai demandé à Harmonie, mais elle m’a répondu de voir ça avec lui. J’ai hâte de lui demander, il sait peut-être ce qui est arrivé à ma… à notre mère.
— Tu crois qu’il est au courant ?
— Oh que oui ! Et je vais même t’annoncer mieux : c’est le secret que la Doyenne lui avait transmis le jour où il a décidé de nous faire sortir de Yoji.
Gabrielle fit les yeux ronds en entendant cela.
— Attends, tu veux dire qu’il t’a traitée de cette manière alors qu’il savait que tu étais sa sœur ?
— Ne le juge pas trop vite… Venant de lui, c’est la preuve qu’il tenait à moi. Je pense qu’il espérait ainsi me rendre plus résistante, plus à même de me défendre face aux dangers… enfin je suppose.
— C’est vrai, admit Gabrielle avec un léger sourire. C’est bien sa manière de procéder. D’ailleurs, en parlant de lui, ça me fait penser que j’ai une promesse à tenir…
 

* 
 
Un air de gravité passa sur le visage du jeune homme aux fins cheveux noirs, dont le regard sombre et perçant détaillait avec inquiétude le rassemblement qui échangeait cris et lamentations au pied de Sage, l’arbre gardien de la forêt. Debout sur les racines, bras levés pour tenter de calmer la foule qui l’assaillait de questions, Assana commençait tout juste à mesurer l’ampleur de sa déclaration. La nouvelle que Sage lui avait confiée avait ébranlé plus d’un esprit, et la situation semblait déraper.
William observait la scène à l’orée du bois, préférant rester à l’écart de la clairière devenue bruyante.
— Tu vois, murmura Ethan à ses côtés, Assana a fini par leur faire entendre raison.
— Mouais, ton peuple a des réactions surprenantes, répliqua William avec sarcasme. Tantôt il s’autoproclame maître du monde au pouvoir incontesté, tantôt il gémit comme un môme en couche qui se serait fait voler son jouet par un plus fort que lui.
Ethan se renfrogna, mais ne poursuivit pas sur le même ton acrimonieux.
— Je connais déjà ton opinion à l’égard de mon peuple, alors tu n’es pas obligé de me le rappeler sans cesse. Ce n’est pas en balançant des propos blessants que tu garderas tes amis.
William allait rétorquer que tous les deux n’étaient certainement pas des amis lorsqu’il s’aperçut de la tristesse dans le regard fuyant du jeune sylvien. Pour une fois, il eut la sagesse de ne pas continuer sur sa lancée, et formula maladroitement quelques excuses, chose à laquelle il devenait malgré lui assez coutumier.
— Où en est-elle ? s’enquit alors une voix dans leur dos.
Ethan sursauta à l’approche du prince, et seul William conserva son immobilité, les yeux rivés avec attention sur la scène qui se déroulait dans la clairière. Etant profondément quamane, Vinraël parvenait à cacher sa présence aux sylviens de pure souche, mais il ne pouvait tromper William, dont la vigilance était indéfectible.
— Ils sont au courant, expliqua-t-il sans se retourner, mais ils n’ont pas l’air d’apprécier…
— Ils feront avec, se contenta de répondre le prince avec indifférence. La situation empire, s’ils veulent survivre ils n’auront pas d’autre choix que de se battre.
Si Ethan parut se renfrogner suite aux paroles froides de Vinraël, le jeune garde avisa immédiatement son air préoccupé.
— Il y a un problème ?
— Je reçois des informations bien troublantes quant au futur, murmura le quamane. Mes visions se précisent et laissent entrevoir une victoire très probable de l’anomalie. Les hommes se voient alors contraints de quitter le royaume, mais les fuites vers le néant se déroulent mal. En aucun cas je ne vois d’échappatoire, cette anomalie va tous nous anéantir, sans que nous ne puissions réagir. La contrée d’Estweed arrivera très prochainement à Lewilin, mais j’ai bien peur que leurs espoirs soient vains.
Le prince se passa une main tremblante sur le visage, soudain très pâle, et émit un soupir tendu.
— Ne désespérez pas, des éléments ont forcément dû vous échapper, renchérit William avec suffisamment de force pour se convaincre lui-même.
— En temps de guerre, nul ne peut prédire l’avenir avec précision, ajouta Ethan, les yeux perdus dans le vague. Sage a en mémoire une vision annonçant la fin des hommes lors de la première guerre. Pourtant Pyliwa se jeta au cœur de l’anomalie et parvint à la détruire avant qu’il ne soit trop tard.
— Grâce à la Doyenne, précisa William, elle interviendra sûrement à nouveau, c’est sans doute la raison pour laquelle elle vous a prévenu de notre arrivée lorsque nous étions poursuivis par les ombres, ajouta-t-il en se tournant vers Vinraël, peut-être que les jeunes terriens auront un rôle à jouer et que je pourrai les épauler.
— Puissiez-vous dire vrai, soupira ce dernier. Les hommes n’ont plus beaucoup d’atouts en leur…
Il s’immobilisa soudain, comme perdu dans ses pensées. Des volutes bleues irisées semblèrent danser dans ses pupilles, seules marques de son activité latente.
— Très bien… ânonna-t-il. Je vais transmettre.
Il cligna alors des paupières et parut s’éveiller d’un rêve profond.
— Vous connaissez une certaine Gabrielle ? s’enquit-il à l’adresse de William.
— Oui ! Vous avez pu lui parler ?
— Elle vient de me joindre par le biais de l’Eau. Elle tentait de vous atteindre mais je suis plus réceptif que vous aux lignes aquatiques.
— Aquatiques ? Mais il n’y a pas d’eau à proximité, s’étonna le jeune garde.
— Il y en a dans l’air, très peu mais c’est suffisant pour…
Il s’interrompit soudain en se rappelant de la présence d’Ethan. Ce dernier le fixait avec attention, visiblement intéressé par ses révélations. Vinraël écarquilla les yeux en se rendant compte qu’il venait de se trahir lui-même.
— Ne vous en faites pas, annonça Ethan en haussant les épaules, William m’avait déjà averti de votre nature quamane. Et puis ce n’était pas difficile à deviner…
Le prince tourna alors un visage mécontent en direction du garde, qui commençait à s’impatienter.
— Oui, bon… Peu importe !  Qu’est-ce que Gabrielle a dit ? Elle arrive bientôt ?
— Elle et son groupe descendent le Mhal pour venir vous chercher, exposa Vinraël. Je n’ai pas plus de précision car la communication était fragile, mais s’ils avancent à bonne allure alors ils devraient arriver dans moins de deux jours. Le Mhal offre des moyens de transport assez rapides.
— Très bien… Alors le moment est enfin venu. Quand je partirai…
— William, l’interrompit Ethan d’une voix forte en le tirant par la manche. Ils te demandent…
Le garde l’observa avec étonnement, avant de suivre des yeux la direction de son regard. Au sein de la clairière, le silence s’était fait, et tous les visages étaient tournés vers lui. Dans l’attitude des sylviens, plus aucune haine n’était perceptible, cette dernière ayant cédé la place à un sentiment que le jeune garde s’étonna de découvrir chez un peuple aussi imbu de lui-même. Alors qu’Assana le priait de la rejoindre au pied de Sage, William fendit d’un pas mal assuré la foule qui le considérait avec une révérence incompréhensible.
Lorsqu’il fut abrité sous l’ombre de Sage, la gorge serrée d’appréhension, il échangea un regard interrogatif avec la jeune fille. Cette dernière le gratifia d’un sourire rassurant et fit de nouveau face à l’assemblée.
— Voici William, annonça-t-elle d’une voix forte. Nous avons tous entendu parler de lui, et certains l’ont même croisé dans nos sous-bois. Cet étranger, cet impie, qui vous a tous agressés par sa présence impure, à présent le voici devant vous en tant que sylvien. Il a bravé les autorités de son peuple, il a couru avec la Terre comme si tous deux ne faisaient qu’un, et il s’est battu pour nous ouvrir les yeux. Nous qui nous croyions si forts, nous qui étions si confiants en notre suprématie, n’avons fait que le mépriser pour ses mises en garde. Il aura fallu que Sage, dans sa magnanimité, intervienne à son tour pour nous avertir de la menace qui nous guette. Maintenant nous voici faibles, démunis, humiliés, et déshonorés… La révélation de Sage sonne comme un avertissement et il est clair que nous avons failli à le satisfaire, mais notre honteux comportement doit trouver ses limites. Je demande à tous de vous incliner devant William, afin de lui montrer le respect qui lui est dû.
Elle toisa la foule d’un regard appuyé et sévère, avant de tourner un visage plein d’humilité vers le jeune garde, s’agenouillant elle-même à ses pieds. William écarquilla les yeux face à un tel revirement de situation, et assista avec incrédulité au spectacle qui s’offrait à lui. Toute la population de sylviens courbait l’échine devant lui. Quelques semaines plus tôt, le jeune garde en aurait rêvé. A présent ça lui faisait peur. Un tel comportement, après tout ce qui s’était produit… Mais que se passait-il dans leur tête pour changer aussi vite d’opinion ?
Alors qu’il restait coi, statufié sous l’emprise de l’ébahissement, un nouvel élément se déclencha, n’améliorant rien à la situation. Sage, qui depuis la cérémonie avait perdu sont éclat lumineux, scintilla dans tout son ensemble, éclairant la clairière d’une lumière pure. Les sylviens furent impressionnés par un tel phénomène, qui visiblement ne s’était encore jamais produit, et des exclamations retentirent. Sous le choc, Assana se redressa et recula de quelques pas, les yeux écarquillés de stupéfaction. Son regard alla de William à Sage, puis de Sage à William, et son visage se figea.
Abasourdi, le jeune garde vit alors le peuple de Lewilin se soumettre avec plus de ferveur, comme si l’illumination subite de Sage avait été l’élément déclencheur d’une adoration sans faille. A ses côtés, Assana le regardait avec dévouement, les yeux emplis de larmes d’émotion, tandis que la lumière divine de l’être séculaire se répandait avec plus d’intensité dans la clairière. Sans prévenir, elle se jeta au cou du jeune homme qui se crispa à son contact, dépassé par la tournure des évènements.
— Je te l’avais dit… murmura-t-elle à son oreille.
— Dit quoi ? balbutia William en essayant maladroitement de se dégager de l’étreinte de sa compagne.
— Tu es l’élu des dieux, répliqua Assana avec emphase en se reculant pour mieux le contempler. C’est la déesse Terre qui t’envoie !
Et sans laisser le temps au garde de reprendre ses esprits, elle s’appuya sur son épaule et déposa un baiser furtif sur sa joue, avant de se retourner vers son peuple, qui se répandait toujours en prières pour l’envoyé de leur déesse. La réaction d’Assana finit de troubler William, dont la bouche resta grande ouverte, et les yeux hagards. Le rouge lui monta au visage et il crut défaillir devant cette population de fous qui lui faisait face, clamant en lui une sorte de déité.
Il recula d’un pas pour disparaître dans le halo luminescent dégagé par Sage, tandis qu’à son grand dam la jeune sylvienne poursuivait son éloge de façon véritablement enthousiaste, entraînant la liesse générale parmi les sylviens, qui n’en finissaient plus de donner de la voix pour communiquer leur foi, et louer leur sauveur.
— Dis donc, toi, marmonna le garde à l’adresse de Sage, qu’est-ce qui t’a pris de faire ça ? Tu trouvais que la situation n’était pas assez compliquée, il a fallu que tu me crées d’autres problèmes…
— Quelle renommée, je vais devenir jaloux…
William sursauta, et son cœur manqua un battement tandis qu’il faisait brusquement volte-face, fixant le tronc de Sage avec un regard atterré.
— Hé non, perdu, ce n’est que moi.
William ne put retenir un soupir de soulagement en reconnaissant la voix du prince. Pendant un moment il avait cru que Sage s’était adressé à lui… Se tournant vers l’orée de la clairière, il avisa Vinraël qui lui faisait signe de la main. Ethan n’était plus à côté de lui et avait rejoint la foule enhardie qui faisait écho aux paroles d’Assana par des cris enthousiastes.
— Rejoignez-moi à la frontière de la forêt, reprit le prince, là où apparaît le Mhal.
— Vous croyez que je peux m’éclipser sans qu’ils le remarquent ? s’enquit William en fixant la cohue d’un air inquiet.
— De quoi vous inquiétez-vous ? rit Vinraël. Vous êtes devenu un véritable dieu, vous n’avez que faire des opinions des autres à présent. A moins que vous ne préféreriez rester et savourer votre instant de gloire…
Le jeune garde se renfrogna, devinant la raillerie à travers les pensées du prince.
— C’est bon, j’arrive.
A l’autre bout de la clairière, Vinraël hocha la tête, et se dématérialisa aussitôt. William jeta un coup d’œil à Assana qui poursuivait inlassablement son discours sur le retour aux sources et l’espoir apporté par le promis des dieux, avant de suivre les traces du prince en haussant les épaules.
 

Le garde écarquilla les yeux. Le cours du Mhal, autrefois si bleu et si paisible, était devenu un torrent tumultueux dont les eaux grondantes étaient illuminées par un vif éclat interne. La lumière blanche laissait percer ses rayons sous la surface, qui semblait scintiller de mille feux. Petit à petit, les remous assaillaient les rives, les submergeant parfois en créant l’effondrement des talus. William vit avec stupéfaction le Mhal dévier peu à peu de son lit, se frayant un autre chenal.
— Mais qu’est-ce qui se passe…
— Vous voyez, intervint Vinraël avec satisfaction, l’illumination de Sage n’a rien à voir avec votre statut d’élu, que je n’oserais cependant pas remettre en question…
William sentit la pointe de moquerie dans les dires du prince, mais il ne la releva pas, trop estomaqué pour réagir. Vinraël eut un sourire de contrition, visiblement étonné que son interlocuteur ne réplique pas.
— Ce phénomène est dû à des forces qui nous dépassent, reprit-il plus sérieusement. Le Mhal est un puissant vecteur qui relie Sage à sa sœur, Harmonie. En cas de danger important, ils activent une réaction défensive, dans le but de mettre fin à toute menace apparaissant sur Gaïa. Ce que nous voyons là n’est que le début…
— Mais alors, enchaîna William avec une lueur d’intérêt dans le regard, ils pourront annihiler l’anomalie sans que nous nous en mêlions ?
— Ça je n’en sais rien, répondit Vinraël avec inquiétude. Leur action n’est que défensive, peut-être se contenteront-ils de se préserver eux-mêmes, l’anomalie est devenue trop puissante pour que je puisse affirmer quoi que ce soit. Et ma vision dévoilait Sage en flammes, ce qui n’est pas très rassurant…
— Alors ce qu’ils font est inutile, commenta amèrement le garde.
— Non, ils sont efficaces, mais ils sont intervenus bien trop tard. Pendant la première guerre, les ondes qu’ils véhiculaient ont empêché l’anomalie de franchir trop souvent la frontière des montagnes, permettant ainsi aux créateurs de la combattre sur un milieu restreint où elle ne pouvait pas énormément s’étendre. Cette fois-ci, je crains qu’ils ne soient dépassés par l’ampleur des évènements.
La mine sombre, le prince observait avec attention les eaux du Mhal recouvrir lentement les terres émergées, déviant sa trajectoire à vue d’œil.
— Comment savez-vous tout ça ? s’enquit William avec curiosité. Jamais on n’en parle à la capitale, et votre peuple lui-même ne semble pas au courant de l’importance de ce phénomène.
— Ce savoir se transmet de prince en prince, répondit pensivement Vinraël. Mon prédécesseur m’a dit qu’un seul gardien suffisait à veiller sur Sage, même si je pense sincèrement qu’un être séculaire peut subvenir seul à ses besoins.
Il accorda un sourire malicieux à William.
— Donc je ne sais franchement pas pourquoi cette tradition s’est transmise, conclut-il.
Le jeune garde haussa un sourcil circonspect, peinant à lever le voile sur ce mystère.
— Cela dit, poursuivit le quamane avec un air taquin, je ferais bien de ne pas mettre mon peuple au courant, je pense que votre toute nouvelle image en serait ternie.
— Pourquoi ? s’étonna William.
— Parce qu’il est convaincu que vous êtes un envoyé de la Terre, et que cette manifestation est un hommage qui vous est rendu. D’autant plus que vous n’êtes pas un sylvien pur…
— Je le sais bien, mais ma nature citadine n’est un secret pour personne ici.
Vinraël secoua la tête, l’air navré.
— Vous m’avez mal compris, je parlais de votre métissage.
Il soupira, excédé, face au visage dubitatif de William.
— Ma parole, votre manque de culture m’étonnera toujours. Le métissage fait intervenir deux éléments cohabitant au sein d’un même être…
— Je sais ce qu’est le métissage ! l’interrompit le garde avec agacement. Mais je ne vois vraiment pas en quoi ça me concerne.
— Ah non ? Et les flammes apparues miraculeusement pour vous sauver au moment même où vos assaillants allaient vous achever, ça n’avait rien à voir avec vous peut-être ?
— Je ne sais pas de quoi vous parlez, répliqua William sur un ton buté.
— Arrêtons là, soupira Vinraël avec lassitude, il est vain de vous faire reconnaître quoi que ce soit. Toujours est-il que votre nature phanique risque de mettre en péril votre sécurité au sein de cette forêt, alors tâchez de la terrer au plus profond de vous en attendant vos amis. Maintenant, si vous me le permettez, j’ai des préparatifs à achever.
Il disparut alors, laissant le jeune garde hébété sur le bord du Mhal. Ce dernier écarquilla les yeux, profondément surpris par le comportement du prince. Une nature phanique, c’était impossible… De quelles flammes parlait-il ? Lors de l’attaque des sylviens, il n’avait plus toute sa conscience, était-il possible que son corps ait tenté de se défendre alors qu’il perdait connaissance ? Non, c’était impossible… Alors qu’il n’avait jamais effectué le moindre acte de pouvoir auparavant… Comment aurait-il pu susciter l’intérêt d’un élément tel que le Feu ? Prenant un air circonspect, il tourna la paume de sa main droite vers les cieux, la fixa d’un air sérieux, et murmura avec une concentration intense le nom de l’élément. Pendant quelques secondes rien ne se produisit, puis le jeune garde se détendit, avant de se départir d’un rire nerveux.
— Celui-là alors, il ne sera donc jamais sérieux…
Puis l’esprit apaisé, il regagna le centre le la forêt d’un pas souple et félin.


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